Allers-retours en deux-deux

Pourquoi Pays ? Afin de plonger dans les raisons qui nous poussent à lancer la revue, petit détour par Saint-Malo.

Le temps long. L’expression a beaucoup été entendue ces dernières années auprès de fondateurs et fondatrices de magazines et de revues. À l’instantanéité de l’actualité, renforcée par l’ascension des alertes push et chaînes d’information en continu, s’oppose ce temps long, passé sur le terrain.

Biologiste marine pour l'association Al Lark, Estelle Petiau a pour mission de faire découvrir la faune qui habite la baie du Mont Saint-Michel. Une manière de sensibiliser à la protection de la biodiversité.

Mon métier m’a permis de voyager et de découvrir de nouveaux endroits un peu partout en France. S’il y a une chose que j’ai retenue de ces pérégrinations, c’est qu’il est impossible d’envisager complètement un territoire en y restant une journée. Pas le temps d’effacer le sentiment d’exotisme des premières fois pour s’immerger complètement. Pas le temps d’interroger nos propres biais, notre propre position sociale dans un environnement différent. Mais le rythme de l’information, les budgets de plus en plus serrés pour permettre aux journalistes de prendre le temps renforcent ces allers-retours en deux-deux. Ce qui explique sans aucun doute la part de caricatural dont souffrent certains territoires et qui forgent des images imprimées dans l’esprit de beaucoup. « Les banlieues » en sont probablement l’exemple le plus frappant, présentées comme un bloc uniforme où sévissent les violences.
Cette désillusion, si c’en est une car j’en avais conscience avant, m’interroge sans cesse. Notamment dans mon métier de journaliste pigiste, que j’essaie d’exercer au mieux mais où les contraintes temporelles et budgétaires sont telles qu’elles ne facilitent en rien cette tâche.

Pays vient de là.

Pays vient aussi de ces étés passés à Saint-Malo à la rédaction d’un hebdomadaire local. Si, dans certains milieux, on se moque aisément de cette presse de proximité qui manquerait d’intérêt ou de légitimité — c’est selon — il faut pourtant bien reconnaître que sans elle, les problématiques sociétales seraient encore moins visibles qu’elles ne le sont actuellement. On connaît Saint-Malo pour son envergure touristique, sa beauté, son terroir. Dans les esprits en tout cas, les images qui viennent en tête en premier sont celles-là. Qu’en est-il alors de la hausse effrénée des prix immobiliers et de la baisse de population des dernières années ? De la cohabitation pas toujours simple entre résidents permanents et secondaires ? Des difficultés pour les jeunes de s’installer et pour les saisonniers de trouver un pied-à-terre ? De l’installation d’un hôtel de luxe au bord d’une falaise protégée ? De l’érosion des côtes ?

Loin de moi l’idée de dresser un portrait misérabiliste mais disons plutôt que Saint-Malo n’est pas seulement cette belle ville fortifiée entourée de la Manche. Et que les problèmes, évoqués plus hauts, sont ancrés localement mais peuvent aussi résonner ailleurs, dans d’autres villes côtières très attractives. Pourquoi alors ne pas s’y pencher plus longuement ? Et pourquoi ne pas l’écrire et le montrer ?

Saint-Malo sera notre premier Pays.

Rendez-vous dans quinze jours pour faire connaissance avec l’équipe de Pays.

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À très bientôt,

— Manon Boquen